Jour 6 À 8 - lA COMPÉTITION, LA DÉSILLUSION ET L'ESPOIR

La dernière entrée de ce court "reportage" couvre les trois journées de compétition du championnat. Celles-ci ont été riches en émotions, positives comme négatives, d'où mon besoin de digérer un peu toutes les informations avant de publier mes histoires!


La réalisation 

Au cours de sa carrière, l'athlète sera fréquemment confronté à l’échec, la remise en question, la fixation et la réalisation d’objectif personnel. Parfois, il sera le gros poisson dans le petit bocal alors qu'à d'autres moments, il sera le crustacé qui se fait chasser. Il se développe - ou décroche - au fil de ses expériences uniques.

La carrière d’un coach suit exactement le même processus.

Être sélectionné par la porte d’en arrière sur cette équipe nationale est un échantillon assez représentatif de ma carrière d’athlète et maintenant d'entraîneur. Faire sa place à coup d’expériences et d’apprentissage. C’est ce que j’enseigne à mes athlètes, c’est ce que je vis comme individu.

Comme tout jeune fringuant, j’ai pris l’avion vers les Pays-Bas en me disant que nous avions l’une des meilleures équipe. On ne peut pas partir en guerre en ayant un doute sur nos capacités. Bien qu’en étant tout de même conscient que nous n'avions pas un team d'all-stars, c’était l’attitude à adopter.

Toute la semaine, nous avons vu nos athlètes s’adapter très bien aux conditions et lorsque nous étions en piscine, j’avais constamment cette impression que nous nagions mieux et plus vite que les autres. Oui, c’est impartial, mais honnêtement, c’était quand même vrai.

Puis débuta le championnat monde.

7,5km pour les jeunes le samedi et 10km pour les vieux le dimanche.

Ouch.

Retour sur terre.

L’Hongrie est arrivée. Les Américains se sont présentée. La Chine a décidé de courser. L’Australie s’est inscrite dans une riche tradition de succès. Les Français ont nagé avec passion. Les équatoriens… vous vous rappelez ceux que nos écrasions il y a quelques jours? Et bien, ils nous ont mis 5 minutes dans la face. Juste là, devant mes yeux ébahis.

Et nous? Rien à redire sur l'effort déployé par nos troupes. Ils étaient certes préparés en piscine, mais on a mangé des coups, on a eu froid et on s'est fait larguer par le pack. Big time.

C’est pas compliqué, quand tu es seul à 100m à la ronde dans le lac, ça devient un combat mental.

Pour ne pas avoir abandonné, je donne une super note à nos troupes. Pour le reste, c’est le retour à la table à dessin… Comment être compétitif au niveau mondial?

C’est ici la question que les athlètes et les entraîneurs doivent adresser.

Le guerrier

Pour Vincent, ce fut une semaine mémorable. À l'entraînement, il était égal à lui-même malgré les contraintes et les conditions. Dès que l’on sortait au lac par contre, ça se compliquait.

Physiologiquement, l'eau froide, c'est pas sa tasse de thé. Deux fois il n’a pas complété l’entraînement en lac. De quoi implanter un solide doute.

Arrivée au jour de la course, sa position de départ sur le ponton n'était pas avantageuse. Aidés de coach McKinnon, nous avons développé une stratégie particulière consistant à le faire partir 2 secondes après tout le monde et se faire aspirer par le peloton vers la première bouée.

Exécution parfaite, résultat à la hauteur des attentes. Le voilà solidement dans la course.

Dans la première ligne droite, il se bat à l’arrière avec son homie-boy Édouard. Les deux, tout de zinc vêtu sont les fantômes du Lac. Facile à reconnaître.

Il passe devant notre ponton où Michel et moi attendons les nageurs avec nos giga perches, prêt à nourrir nos poissons. Ils ne s'arrêtent pas… c’est OK, ils ne doivent pas perdre le pack qui pousse fort en ce moment.

Et bang.

Ça tombe. Les jambes cassent. Mon équipe de soutien, sur le channel 1 du walkie-talkie me disent "Vincent is hurting".

F*ck. Pas ce que je voulais entendre.

La prochaine fois que je vais voir le champignon, quelques kilomètres plus loin - à son premier feeding - il me dira : « Marc, je ne suis plus capable, je ne sens plus mes jambes ».

C’est ok le jeune, pensais-je. Jamais je ne l’ai vu baisser pavillon devant un défi, mais aujourd’hui, malgré les 3 kilogrammes de zinc, les bouchons vaselinés et toute ta volonté, l’eau froide a eu raison de lu.

Il a abandonné la course quelques centaines de mètres plus loin.


La rédemption

Bien que tous très déçu de la tournure des événements pour Vincent, on se réjoui du bon combat d'Édouard et de Victoria ainsi que la dernière poussée de Lauren, tous au 10km. Nous sommes loin derrière le Monde, mais on apprend vite nous, les canadiens.

À peine terminer ce marathon aquatique que Michel et moi planchons sur notre équipe de relais du lendemain. On jongle avec les différentes combinaisons possibles et jetons notre dévolu sur le quatuor Connor, Vincent, Lauren et Victoria. 

Redemption time pour nos deux guerriers qui n'ont pas complété leurs courses respectives. Solide reconnaissance pour nos filles qui ont tout donné dans l'eau.

Les douze heures qui suivent nous permettent de refaire les réserves d'énergie et surtout, développer la stratégie pour surprendre tout le monde au 4x1250m. Je me sens comme dans un film... on est 10 alentour de la table à dessiner un plan, regarder des vidéos et échanger sur ce que l'on devra faire et éviter lors de la course. Très cool.


Bon... admettons que nous n'avons pas surpris grand monde avec notre 15e place, mais je retiens de ce relais la résilience de nos deux gars, Vincent et Connor qui ont apprendre de leur mauvaise expérience du week-end pour livrer une superbe performance au relais. J'ai vu le Vincent des grandes occasions lors de son tour de parcours. Pas froid aux yeux, pas froid au corps, il a dépassé une grappe d'adversaire pour aider l'équipe à mieux se classer.

On peut partir d'ici la tête haute, les yeux sur la piscine pour le championnat canadien groupe d'âge et celui senior.

 

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La réflexion

En juillet 2014, lors du championnat canadien groupe d’âge, j’ai goûté pour la première fois à la défaite comme entraîneur. Je croyais mes troupes prêtes à prendre d’assaut le pays. Résultat ? Aucune finale et pas beaucoup de meilleurs temps. Mes petits poissons et moi, nous nous devions d’être meilleurs.

En avril 2016, c’est avec beaucoup de fierté que je participe à mes premiers essais olympique comme entraîneur. Et avec encore plus d’humilité que j’ai pris la route de Montréal une semaine plus tard. Mon constat? Nous sommes sur le bon chemin de la haute performance, mais il y a un monde de différence entre nous et les meilleurs.

Juillet 2016, les présents championnats marquent un troisième jalon important dans ma jeune carrière. Je goûte à l’ivresse de l’international mais j'en sors avec une solide gueule de bois. Je réalise peu à peu que le Monde, ça nage vite. Très vite. Il y a des grands, des petits, des minces et des trapus. Mais ils nagent tous vite. Très vite. Je dois retourner à la planche à dessin pour refaire mes esquisses. Ce que j'ai observé durant 8 jours, c'est que même en étant à l'arrière du peloton, je ne me suis pas fait larguer et j'ai ce qu'il faut pour le rattraper et le dompter. 100 piastres que Vincent pense la même chose.


Le retour!

En somme, c'est une super semaine que je viens de vivre avec l'équipe nationale. Je tiens à remercier personnellement coach Michel Bérubé de la Fédération de Natation du Québec qui a agi comme entraîneur-chef et surtout, mentor à mon égard. En plus de ses enseignements, je suis désormais dans sa rotation d'histoire avec notre escapade à deux roues! Dans la même veine, côtoyer un monument de la natation canadienne comme coach Ken McKinnon arrive à point dans ma carrière. J'ai assez d'expériences pour comprendre et échanger avec lui tout en gardant ce petit côté naïf qui m'amène à réfléchir sur ma pratique à chaque fin de discussions!  Et que dire de notre équipe de soutien (Vikcy, Dr. Young et Nathan, la masso et photographe) était tout simplement génial! Terminons avec les 8 athlètes sélectionnées... plus du type col-bleus que prima donna. Parfait, juste comme de les aime!

En espérant que mon expérience puisse être partager auprès de mes troupes de retour à Montréal et dans les Laurentides! Bien hâte d'affronter le reste de la nation à vos côtés!